Posté le 20.01.2008 par socialismedecomplexe
La gauche, ça eut vendu ( WWW.marianne2.fr )
Inexistante sur le plan politique, inaudible dans les médias, la gauche ne fait plus recette ! Au point qu'oser faire sa une sur l'opposition est presque devenu, pour la presse, une gageure.
La conférence de presse de Julien Dray le 8 janvier rue de Solférino, par Sébastien Baverel/Marianne2.fr
Le constat s'impose de lui même, au Parti Socialiste, il n'y a désormais ni opposition, ni journalistes relayant le message – quel message ?- de l'opposition. La gauche est un terrain vague, sorte de mirage insaisissable, de son inaudible. Un trou noir et lointain. Cette journée de mardi fut à ce titre très symbolique : un barnum ahurissant, à la limite du grotesque, entre le concert privé et le show VIP pour la conférence de presse de Nicolas Sarkozy : 600 journalistes se battant pendant plus de deux heures pour accéder au micro. Laurent Fabius allant même juqu'à évoquer un « Sarkozysme dégoulinant » dans les médias.
Du côté du PS, un Waterloo médiatique, une dizaine de représentants de la presse, quelques interventions radios, TF1, France 2 et la ZDF allemande. Dans quel état est donc l'opposition pour susciter une telle indifférence. Et les indices d'un mal profond ne manquent pas : le journal Marianne a réalisé l'une de ses plus faibles ventes de l'année en faisant sa une au début du mois de décembre sur la gauche. La différence de résultats avec les unes portant sur Sarkozy est de l'ordre de 30 à 40%.
Un phénomène observé dans d'autres newsmagazines. Certains allant jusqu'à dire qu'en termes de marketing pur, la gauche est devenue une « zone interdite », un produit frelaté ! Ainsi le numéro du Nouvel Observateur portant sur Ségolène Royal a été un échec : « Je ne suis pas sûr qu'il y a un évitement de la gauche, je crois que Ségolène Royal est absolument nulle et la gauche n'est pas guérie de cet épisode pathétique » affirme Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur.
Plus profond que le fond
Une observation qui rejoint en partie l'analyse du PDG de Libération, Laurent Joffrin, « c'est sûr que quand nous faisons un événement sur la gauche, les ventes ne sont pas formidables mais ce n'est pas désastreux non plus. Nous restons dans notre moyenne, mais cela ne suscite pas franchement de curiosité ».
Le courrier des lecteurs du journal, par ailleurs, témoigne de cette déroute du peuple de gauche :
« Même la magie Ségolène semble s'effriter. Au moment où elle a sorti son livre, nous pensions faire de bonnes ventes, et sans être catastrophique, nous avons fait un score tout juste normal » ajoute Laurent Joffrin qui confirme un intérêt beaucoup plus net pour le président de la République notamment au lendemain de ses prestations médiatiques ou d'annonces importantes.
Déjà fragilisé par la stratégie politico-médiatique du président de la République, le Parti Socialiste ne semble pas s'inquiéter outre mesure de sa propre inconséquence et limite son opposition à une forme de résignation impavide :
« C'est le président de la République, il est donc normal qu'il suscite l'intérêt des médias. On ne peut pas nier qu'il a un savoir-faire. Quant au PS, nous sommes en situation de restructuration. Il nous faudra du temps » déclarait Julien Dray après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy.
Attention quand même, nul n'est jamais sûr d'avoir vraiment touché le fond. Il y a toujours plus profond que le fond !
Mercredi 09 Janvier 2008 - 00:03
Régis Soubrouillard
De la part de
http://socialismedecomplexe.centerblog.fr
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Posté le 19.01.2008 par socialismedecomplexe
19/01/2008 QUINTIN RDV Jean-François BOSCHER du « PENTHIEVRE »
- Ce que nous voulons
1°) Profiter des débats pré-élections pour poser des actes forts:
Dénoncer l'absence de vie démocratique et de débats au sein du parti qui n'est plus socialiste depuis longtemps
Démissionner enfin, après avoir tenté les remises en cause internes par NPS et RM
Démontrer que l'électoralisme seul compte pour les dirigeants du parti en oubliant l'intérêt général, les besoins réels de la population / refuser que le PS continue d'usurper les valeurs de gauche par des incantations populistes et démagogiques qui ne sont jamais suivies d'effets
Démontrer que l'intérêt général est absent, puisque seul compte le petit pouvoir d'élus qui se comportent comme des seigneurs féodaux et le cumul des revenus tirés des fonctions...
2°) Devant l'impuissance des partis de gouvernement :
Nous engager dans le débat / combat pour redonner force et vigueur aux idées socialistes humanistes, au tryptique républicain « Liberté, Egalité Fraternité » battu en brèches depuis quelques mois, ignorés ou rejetés même par un parti qui porte la responsabilité totale de ses échecs successifs.
Mouiller nos chemises et monter au créneau pour se faire les porte-paroles de ceux souffrent, trompés et manipulés par l'Ordre social-libéral ou libéral-social, avec seulement quelques variantes selon que la G ou la D est au pouvoir. Sur le plan local, départemental, régional, il est possible de mettre en réseau toutes les énergies de résistance et de proposition, dans les domaines de l'école... laïcité... cadre de vie... écologie... vie démocratique réelle...etc.
3°) Mettre en valeur les luttes entreprises, pour les idées, pour l'intérêt général, pour la vie démocratique, pour notre devise « Liberté, égalité (nous nous contenterons d’équité), Fraternité » ,.
Que ces luttes nécessaires n’attendent plus « le bon vouloir » d’un parti qui n'est plus socialiste,
Que ces luttes s’organisent dans des collectifs, groupes, associations, qui doivent communiquer, en envisageant des fonctionnements comme les fondateurs du socialisme au 19ème siècle, sous des formes proches du fédéralisme. Le principal ennemi de la vie démocratique en ce siècle est bien l’exercice d’un certain pouvoir personnel des gens d’appareils, des élus, appuyés par les médias, et donc qui considèrent que les électeurs leur font un chèque en blanc pour 5 ans ou 6 ans, et refont leur campagne médiatique trompeuse pour se faire réélire... Ce n'est plus possible ! Un courant se lève, puissant, qui revendique les valeurs de gauche, en refusant la démagogie...
4°) Par le blog http://socialismedecomplexe.centerblog.fr , puis le mouvement qui naît actuellement, nous allons étudier, informer, proposer des échanges, des réunions, des mises en commun... Nous avons l'énergie pour le faire, pas seulement de jeter un pavé dans la mare, mais construire sur la base du refus de la désespérance.
Je finirai sur cette phrase de Jean Jaurès : « Assez parlé d'égalité, il est temps de faire des égaux » . Il appartient donc aux électeurs en particulier de gauche de faire le choix entre une certaine gauche de gestion et une gauche historique, de progrès qui n’a pas perdu le sens de l’intérêt général, du bien commun…
Posté le 17.01.2008 par socialismedecomplexe
A lire dans son intégralité
Tiré d’un article de Michel SOUDAIS du 17/01/08 de Politis: Le bal des faux culs
http://www.politis.fr
Le référendum à portée de la gauche
Pour réformer la Constitution française, il faut une majorité de 3/5 des membres du Congrès du Parlement. Seuls comptent les suffrages exprimés. Le Congrès du Parlement est composé de 331 sénateurs et de 577 députés. Le total des suffrages potentiels est donc de 908 voix. Dès lors, la majorité des 3/5 est égale à 545 voix. La minorité de blocage des 2/5 est de 364 voix.
L’UMP, à elle seule (318 députés et 158 sénateurs), ne dispose que de 476 voix. Avec l’appoint de toutes les voix du centre (MoDem et Nouveau Centre) des deux assemblées, ce qui reste une hypothèse haute, il lui manque encore 6 voix ! En rassemblant tous les non-inscrits des deux assemblées, on arrive à un total de 552 voix, soit exactement 7 voix d’avance. C’est très court ! D’autant que ce comptage inclut 15 parlementaires souverainistes. Comment voteront-ils ? Il suffit que 8 d’entre eux votent contre la réforme de la Constitution pour que Nicolas Sarkozy manque sa majorité.
À l’inverse, la minorité des 2/5, qui suffit à empêcher la révision, est de 364 voix. La totalité des parlementaires de gauche, socialistes, communistes, MRC, Verts, radicaux de gauche, est de 356 voix. Il manque donc 8 voix, si tous les élus UMP sont présents et votent, et si tous les souverainistes, tous les non-inscrits et tous les centristes votent avec elle.
La partie est donc particulièrement serrée pour Nicolas Sarkozy. Comme l’écrit le sénateur Jean-Luc Mélenchon, qui, le premier, a procédé à ce comptage, « sa seule marge de sécurité ne peut venir que des parlementaires socialistes qui accepteraient la félonie de lui donner un coup de main ».
Notes
[1] À une majorité de 36 voix contre 20, le bureau national a dit « oui » au traité quel que soit le
mode de ratification (voie parlementaire ou référendum). Il y a eu deux abstentions (Malek
Boutih, Arnaud Montebourg) et un refus de vote (Julien Dray).
[2] Le projet de loi de ratification doit être approuvé par l’Assemblée nationale et le Sénat, dans
les mêmes termes, par une majorité simple.
[3] C’est le cas du député de Paris Christophe Caresche (le Figaro, 15 janvier)
[4] À une majorité de 36 voix contre 20, le bureau national a dit « oui » au traité quel que soit le
mode de ratification (voie parlementaire ou référendum). Il y a eu deux abstentions (Malek
Boutih, Arnaud Montebourg) et un refus de vote (Julien Dray).
[5] Le projet de loi de ratification doit être approuvé par l’Assemblée nationale et le Sénat, dans
Traité européen : Le bal des faux culs - Politis http://www.politis.fr/Le-bal-des-faux-culs,2712.html?bravo=oui
5 sur 5 17/01/2008 16:16
les mêmes termes, par une majorité simple.
[6] C’est le cas du député de Paris Christophe Caresche (le Figaro, 15 janvier)
Transmis aussi vers : http://socialismedecomplexe.centriblog.fr
Posté le 16.01.2008 par socialismedecomplexe
[
b]Appel aux organisations laïques
en France, en Europe et dans le monde
qui se réclament du principe de séparation des Églises et de l’État[/b]
A l’occasion de la visite du pape en France
Les organisations signataires de cet appel - Fédération nationale de la Libre pensée, Ligue de l’enseignement, Union rationaliste - sont membres français de l’IHEU (International Humanist and Ethical Union/ Union Internationale Humaniste et Laïque). Cette organisation non gouvernementale a été fondée à Amsterdam en 1952. Son premier président fut Julian Huxley. Elle rassemble une centaine d’organisations membres dans le monde entier. Elle est accréditée auprès de l’ONU, de l’UNICEF, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe…
Ces organisations françaises, membres de l’IHEU, souhaitent réaffirmer les principes laïques à l’occasion de l’annonce de la visite du pape Benoît XVI en France, vers le 31 mai 2008, à l’invitation de la Conférence des évêques de France. Cette visite a pour but de « célébrer le 150e anniversaire de la première apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous dans la grotte de Lourdes ».
La loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. La liberté de circulation des idées et des personnes est également inaliénable. Nous tenons à réaffirmer ces principes fondamentaux.
La loi de 1905 précise que « La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte ». En conséquence, les manifestations cultuelles accompagnant le voyage du pape ne pourront recevoir de financement public. Les frais inhérents aux déplacements et à l’accueil d’une personnalité publique internationale sont d’une autre nature.
Pour le mouvement laïque français, européen et international, cette visite repose toutefois sur une ambiguïté relative au statut du pape, à la fois chef de l’Etat de la Cité du Vatican et chef religieux.
Au-delà même de la visite du pape, il nous apparaît important de réaffirmer ces principes. Dans ce but les organisations françaises membres de l’IHEU proposent à toutes les organisations laïques d’organiser ensemble une initiative laïque internationale à Paris le dimanche 1er juin 2008, sur ces trois revendications.
- Contre le financement public des activités cultuelles !
- Pour la laïcité en Europe !
- Pour la séparation des États et des religions !
Signataires :
- Fédération nationale de la Libre Pensée française
- Ligue française de l’Enseignement
- Union Rationaliste
- « Socialisme décomplexés » rebelles au PS 22
Posté le 13.01.2008 par socialismedecomplexe
Ce n’est plus d’actualité soit mais j’avais besoin de rechercher certains éléments de réflexion pour rebondir sur le chômage, je vous donne quelques chiffres à méditer:
10% de chomeurs en France ou plus ?
« le ministère du Travail a mis en place, dans les années 90, (sous quel gouvernement déjà) un astucieux système de comptabilisation, qui tient de la saucisse sèche. Le nombre de chômeurs a été découpé en huit tranches (personnes cherchant un temps partiel, inscrites dans les DOM-TOM, acceptant un CDD, etc.) dont seule la première (demandeurs d’emploi immédiatement disponibles cherchant un CDI à plein-temps en France métropolitaine) est mise en avant chaque mois : c’est le fameux chiffre du chômage, qui sert de référence.
A noter qu’en 1995 Alain Juppé a encore éliminé une tranche en écartant les allocataires de l’ANPE ayant travaillé plus de 78 heures le mois précédent ». Citation tirée de Capital juin 2003.
Pour mai 2003, selon le mensuel Capital de juin 2003, les Rmistes et les – de 25 ans n’étant pas comptabilités, il fallait rajouter :
• 457 000 personnes à temps partiel
• 266 000 personnes acceptant un CDD
• 258 000 non disponible immédiatement
• 532 000 ayant travaillé plus de 78 heures le mois précédent
• 268 000 qui pointent dans les DOM TOM
• 379 000 qui ont plus de 57.5 ans
+ les Rmistes + les – de 25 ans + le chiffre officiel du mois.
Si l’on estime que les hors catégories 1 représentent 2.2 millions de personnes
Une information non recoupée selon la Gazette des Communes de juin 2005, le nombre de RMISstes serait de 1,23 million. Cela fait donc 3.4 millions de non comptabilisés (plus qq. centaines de milliers de – 25 ans) pour 2 450 000 chômeur en catégorie 1, donc en déclaré, en septembre 2004. Le nombre de chômeurs en France serait donc plus proche de 6 millions que des 2,5 officiels.
N'oublions que la baisse actuelle du chômage est en grande partie due aux radiations de l'ANPE/ASSEDIC même s’Il y sans doute une petite reprise économique mais surtout une grosse manipulation comptable.
Les statistiques sont par excellence un domaine où la manipulation des données permet d'affirmer tout et son contraire.
Une affirmation par exemple : en France le chômage baisse. Mais qu'en est-il des chômeurs (des salariés à la recherche d’un emploi mais n’en trouve pas) ?
Sont-ils moins nombreux en réalité ou s’agit-il d’un point de vue de la définition statistique que l'on se donne du phénomène ?
Bonne réflexion et bonne conscience
Posté le 13.01.2008 par socialismedecomplexe
Gauche contre gauche : le débat sur la Constitution
avec Alain Lipietz et Jean-Luc Mélenchon
Denis Sieffert
Deux figures de la gauche, deux hommes de convictions, l’un favorable au « oui », l’autre partisan du « non », l’un écologiste, l’autre socialiste, ont accepté de débattre dans « Politis » à quelques semaines du référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel. Quoi que l’on puisse penser de leurs arguments, il faut saluer la démarche d’Alain Lipietz et de Jean-Luc Mélenchon, qui ne se sont pas fait prier pour accepter la confrontation. La chose est assez rare dans une campagne qui ressemble souvent à une succession de dialogues de sourds, dans un climat de mauvaise polémique et de procès d’intention.
Le débat que nous proposons cette semaine à nos lecteurs est unique dans son genre : c’est un débat sur le texte. Car, aussi extravagant que cela puisse paraître, ce qui devrait être une évidence, et une obligation démocratique, est aujourd’hui une exception. À dix semaines du scrutin référendaire du 29 mai, le grand oublié du débat politique est en effet le traité constitutionnel lui-même. Le mérite d’Alain Lipietz et de Jean-Luc Mélenchon est de n’avoir pas dévié de cette route. Hormis pour répondre à notre ultime question, d’une nature plus générale, sur les conséquences du résultat du référendum sur la vie politique française et européenne, et sur l’avenir de la gauche. La confrontation aurait pu être ingrate. Elle fut âpre et difficile, mais toujours passionnante. Lipietz et Mélenchon sont venus dans les locaux de Politis « armés » chacun de son édition du traité constitutionnel marquée de nombreux signets de couleur. Et, à plusieurs reprises, l’un a voulu consulter l’édition de l’autre, comme pour y vérifier que les mots et les articles étaient bien les mêmes. C’est que chacun a osé marquer ses hésitations, prendre le temps qui convenait pour retrouver la référence qui étaie le raisonnement, et lire parfois le bout d’article qui devait infirmer l’argument de l’autre. On se disait en les regardant que nous étions tout près d’un exercice vraiment démocratique ; et bien loin, du coup, de certains débats télévisés dont les protagonistes n’apportent pas la preuve tangible qu’ils ont lu le texte, et au cours desquels des journalistes les interrompent toutes les cinq secondes pour les ramener aux arrière-pensées politiciennes qui sont toujours supposées tenir lieu de conviction.
À vrai dire, nous n’avons guère eu de mérite. Il préexistait entre Lipietz et Mélenchon une confiance qui s’explique en partie peut-être par le compagnonnage qu’ils entretiennent l’un et l’autre avec notre journal depuis son origine. C’est peu dire pourtant qu’ils appartiennent à des traditions politiques et à des cultures différentes. L’écologiste et le socialiste républicain, l’un plus sensible aux problématiques des minorités, et méfiant à l’égard de la machine républicaine qui prétend unifier les identités ; l’autre, convaincu au contraire que la République sociale est porteuse d’égalité et de justice. Éternelle brouille entre Girondins et Jacobins revisitée par la modernité. À cela près que Lipietz et Mélenchon sont tous les deux fédéralistes au niveau européen. Car ils sont l’un et l’autre de fervents européens. Deux familles de la gauche qui n’en finissent pas de se croiser et se recroiser dans les pages de Politis, avec d’autres. Aujourd’hui, notre engagement pour le « non » nous rapproche de Mélenchon. Mais hier, et sans aucun doute demain, nos choix de société dans les débats ô combien sensibles sur l’islam et les minorités nous ont conduits et nous conduiront encore dans le voisinage politique de Lipietz. Ces chassés-croisés ne sont pas anecdotiques. Ils témoignent de la complexité des problèmes auxquels la gauche est aujourd’hui confrontée. Et, accessoirement, de notre propre liberté de pensée.
Pouvez-vous exposer en quelques mots les principales raisons qui vous conduisent à approuver ou à rejeter le traité établissant une Constitution pour l’Europe ?
Alain Lipietz : Le libéralisme progresse en raison du contraste entre l’unification économique de l’Union européenne, quasiment réalisée depuis 1988, et le pouvoir politique, qui reste fragmenté, nation par nation. Or, seul un pouvoir politique démocratique peut contrer la toute-puissance du marché. De ce point de vue, l’Europe est un modèle réduit de la globalisation libérale !
Pourtant, l’Europe, candidats à l’entrée compris, est autosuffisante à 90 %. Un pouvoir politique pourrait y développer une législation sociale, environnementale et une politique macro-économique « keynésienne » (1) communes. Mais il n’existe pas ! C’est pourquoi, à chaque traité, je me demande si l’unification politique progresse plus vite ou moins vite que l’unification économique. Au nom de ce critère, j’ai fait campagne contre l’Acte unique, contre Maastricht, contre Amsterdam, j’ai dit « non » à Nice (2). Et je vote « oui » au Traité constitutionnel européen (TCE).
Car ce TCE, pour la première fois, inverse la tendance. Le Traité constitutionnel représente une avancée considérable dans l’édification d’un pouvoir politique démocratique. Dans le domaine législatif comme pour les dépenses budgétaires, la majorité et la codécision Parlement-Conseil deviennent la règle, et l’unanimité du Conseil des gouvernements, encore trop fréquente, devient l’exception. Dans le traité actuel (Nice), c’est l’inverse. Autre avancée importante : l’initiative législative (mais pas constitutionnelle) sur un million de signatures. Entre Nice et le TCE, il n’y a pas photo.
Jean-Luc Mélenchon : Nous partageons, avec Alain, une appartenance intellectuelle à la gauche et un diagnostic. En fait, l’unification économique de l’Europe a été en même temps une unification politique. Le marché et le libéralisme de notre époque ont créé leur environnement politique. Celui-ci exclut la régulation et joue sur les contradictions entre les législations nationales. Le capitalisme transnational est là. À mesure qu’il s’empare de territoires géographiques et qu’il étend le marché à des domaines où il n’était pas présent jusqu’à maintenant, il en expulse la délibération collective et l’intérêt général.
Il n’y a donc eu aucune intégration citoyenne, aucun pouvoir reconnu à la souveraineté populaire. C’est à ce défi-là qu’il s’agit de répondre aujourd’hui. Les partisans du « oui » pensent que ce texte donne les moyens de cette régulation politique. Nous pensons le contraire. Ce texte coupe la route des stratégies de progrès social que le mouvement socialiste ¬ puisque je m’inscris dans cette tradition-là ¬ a pour objectif de porter.
La voie législative est coupée, dans la partie III, par la constitutionnalisation de tous les traités précédents. Explicitement, l’article III-210 interdit l’harmonisation sociale par voie législative ou réglementaire. De son côté, l’article III-212 empêche la transformation sociale par la négociation entre les partenaires sociaux car, in fine, quoi que concluent les partenaires, la décision définitive se fait à l’unanimité du Conseil.
Au total, le pouvoir politique du Parlement européen prévu par ce document est un pouvoir d’empêchement, de verrouillage, sans capacité d’initiative législative. Le mécanisme global est tourné exclusivement contre les progrès sociaux qui pourraient être faits. Vous voyez : en ayant le même diagnostic, nous pouvons à la fois être de gauche et ne pas avoir la même appréciation au moment du vote.
En quoi le projet de Constitution démocratise-t-il ou non les institutions européennes ?
A. L. : Actuellement [traité de Nice], les décisions législatives sont prises le plus souvent à l’unanimité des gouvernements, et plus rarement à la majorité et en codécision avec le Parlement. Tout est fait, dans le traité de Nice, pour assurer le droit de veto de chaque pays contre les avancées souhaitées par les autres : c’est la prime au dumping. Il s’agit essentiellement d’un traité intergouvernemental. Avec la Constitution, le rapport des forces s’inverse : on se rapproche d’une vraie communauté démocratique.
Prenons le budget. Actuellement, le Parlement européen ne discute pas les recettes et vote un tiers des dépenses. Le reste, ce qu’on appelle les « dépenses obligatoires », comme la politique agricole commune, est strictement du domaine intergouvernemental. Dans le TCE, le Parlement ne discute toujours pas les recettes, mais il vote toutes les dépenses, y compris le budget et donc la politique agricole, et en cas de désaccord conserve un léger avantage sur les gouvernements.
Sur les autres lois, la Constitution donne au Parlement un pouvoir de codécision générale, y compris pour les négociations à l’OMC, à l’exception malheureusement de l’harmonisation fiscale et (trop souvent) sociale, et bien entendu dans le domaine de la politique internationale, qui reste un traité intergouvernemental. Là encore, le Parlement a le dernier mot, mais de façon négative : il peut rejeter une loi si l’ultime version du Conseil des gouvernements ne lui plaît pas. Mais il ne peut pas imposer sa version face à la version du Conseil. Par exemple, nous avons rejeté la privatisation des ports. Et, à l’issue de la première lecture, nous sommes en conflit sur le brevetage des logiciels.
Il y a donc là une première avancée considérable de la démocratie. La deuxième réside dans la fameuse initiative du million de signatures (3). On se querelle sur l’expression « invite la Commission à présenter une loi ». L’exécutif (la Commission) reste la plaque tournante de l’ordre du jour du travail parlementaire et de la présentation des textes de loi. C’est la même chose en France. Mais le Conseil et le Parlement ont déjà le droit de proposer des lois.
Moi, ce qui m’intéresse dans le million de signatures, c’est la campagne pour les réunir. On aura un formidable outil de construction d’une opinion publique européenne, d’une convergence des mouvements sociaux européens, directement branché sur les institutions. Cela rappelle un peu le mouvement chartiste anglais (1830), qui se battait à la fois pour une démocratisation des institutions et pour des lois sociales.
La troisième avancée démocratique concerne la révision. Actuellement, le traité de Nice dit en trois lignes qu’il ne peut être révisé qu’à l’unanimité (à 25 !) : c’est ce qui en principe s’applique pour le remplacer par le TCE. Mais le TCE, lui, est fait pour être amendé en permanence. Il propose trois formules de révision. Deux formules très légères se contentent de l’unanimité en Conseil (avec un droit d’appel des parlements nationaux). L’article IV-443 (« Procédure ordinaire ») introduit trois innovations assez importantes. Premièrement, le Parlement peut en prendre l’initiative. Deuxièmement, il y a obligation de passer par la formule de la Convention, c’est-à-dire par une réunion de députés nationaux et européens. Troisièmement, si quatre cinquièmes des États ont voté pour mais quelques autres n’ont pas ratifié, on regarde ce qu’on peut faire. L’opting-out (4), qui avait permis de passer à l’euro en laissant la Grande Bretagne à l’écart, est constitutionnalisé. Bref, si Nice est gravé dans le marbre, le TCE est gravé dans la pierre de taille.
N’oublions pas enfin la Charte des droits fondamentaux : même si la France fait parfois mieux (sur le papier), ce n’est pas le cas de certains autres pays de l’Union...
Du point de vue démocratique, avec le TCE, on y gagne tout de suite, et on peut gagner encore plus par la suite. Plutôt que de rester avec l’actuel traité, moi, je prends !
J.-L. M. : Je n’ai pas la même analyse. Il me semble qu’il y a un changement fondamental. Autrefois, les imperfections des traités produisaient mécaniquement des améliorations par la suite. C’était le mécanisme de « l’engrenage ». Les imperfections faisaient venir les perfectionnements. Cette Constitution va figer ce processus. Ce qui se négociait hier, comme aujourd’hui, à l’unanimité, à six, à douze, à quinze, il faudra demain le négocier à l’unanimité à trente, une fois que nous serons au complet. Dès lors, l’idée qu’avec l’unanimité on pourra néanmoins prendre à revers la politique libérale est une vue de l’esprit. Nous sommes condamnés à nous aligner sur le moins-disant social et démocratique, en raison même de la procédure de révision qui permet à un seul de tout bloquer.
S’agissant de démocratie, le processus d’élaboration de cette Constitution me semble tout entier de nature « adémocratique ». Une Convention a rédigé le texte, contrairement à la tradition de tous nos pays (exception faite des Anglo-Saxons), selon laquelle une Constitution est adoptée par une assemblée constituante qui débat sous les yeux des citoyens, d’une manière contradictoire. Ce n’est pas ce qui s’est passé pour ce texte constitutionnel. Le résultat n’est pas davantage démocratique. Je l’ai montré.
Enfin, la procédure de révision interdit qu’il y ait révision. C’est absurde, même du point de vue des partisans du texte. Comment changer le niveau des critères du Pacte de stabilité devenu constitutionnel ou la liste des produits agricoles inscrits à l’annexe I ? Dans certains cas, la Commission pourra estimer que c’est une modification bénigne, et une procédure particulière accélérée est prévue. Mais c’est la Commission qui appréciera cela.
Il y a trois sources possibles de révision de la Constitution. Dans les deux cas de procédures simplifiées (articles IV-444 et 445), une double unanimité est requise. C’est encore pire dans la procédure ordinaire, qui compte trois étapes. D’abord une Convention est convoquée. Je conteste l’idée même de Convention, qui se rapproche davantage d’états généraux d’Ancien Régime que de l’idée que je me fais d’une Assemblée constituante. Cette convention doit faire une proposition par consensus. Ensuite est convoquée une conférence des représentants des gouvernements et des États, qui doit arrêter les modifications d’un « commun accord ». Cela signifie « unanimité » en français. Enfin, le texte doit être ratifié à l’unanimité. C’est un mécanisme de verrouillage. Et cela change tout pour moi.
Quel système archaïque ! Vingt-cinq États démocratiques s’accordent pour faire des transferts de souveraineté nationale à une entité transnationale. Mais les compétences transférées ne sont pas placées sous le contrôle démocratique d’un Parlement. Pourquoi ? Alain pense que la codécision est un progrès. Ce n’est pas mon avis. La codécision pourrait être un progrès si on disait une bonne fois qui a le dernier mot sur des questions aussi vitales que le marché intérieur. Or, l’organisation du marché intérieur et toutes les questions qui le concernent sont de la compétence exclusive de la Commission.
Voyons enfin ce fameux droit de pétition. La Commission n’est obligée ni d’accepter « l’invitation » ni de motiver son refus de transmettre une proposition au Parlement. De plus, le contenu de la pétition doit être conforme à la Constitution. Donc, vous ne pouvez pas faire une pétition pour exiger autre chose que ce qu’il y a déjà dans ce texte. Ce droit existait déjà dans le traité de Maastricht. Il n’y avait besoin que d’une ou deux personnes pour faire une pétition au Parlement européen. Nous passons de un ou deux à un million. Et cela serait un progrès ? L’année dernière, la commission des pétitions du Parlement européen a reçu près de 900 pétitions. Pour celles jugées recevables au regard des traités en vigueur, le Parlement a fait des recommandations à la Commission, qui elle-même a interpellé les États. Donc la pétition recueillant un million de signatures n’apporte strictement rien. Elle aggrave même les choses puisqu’il faut réunir 999 999 personnes à part soi.
Jusqu’ici, l’unification économique induite par la construction européenne ne s’est pas accompagnée d’une harmonisation sociale. Ce déséquilibre entre l’économique et le social est-il modifié par le projet de Constitution ?
A. L. : Le seul gain important en matière sociale porte sur les services publics. Actuellement, les règles de la concurrence s’appliquent aux services publics dans la mesure où cela ne les empêche pas d’accomplir leur mission. Dans l’article III-122, les États et l’Union « veillent » ¬ c’est une obligation ¬ à ce que les services publics soient mis « dans des conditions, y compris financières », qui leur permettent d’accomplir leurs missions, « sans préjudice de la compétence des États de les fournir et de les financer ». On passe d’une autorisation à une obligation. C’est fondamental. En outre, la loi européenne arrête la liste de ces conditions de services publics.
En revanche, sur l’harmonisation des systèmes sociaux, les gains sont maigres par rapport à Nice, et cela m’a fait hésiter entre voter « oui » et boycotter. Aucun pas en avant vers le fédéralisme : ce n’est pas le New Deal rooseveltien !
Contrairement à Jean-Luc, je trouve sain que l’Europe s’interdise d’harmoniser directement les lois sociales des États membres (art. III-210-2-a). Jamais les syndicats de l’Europe du Nord ne l’accepteraient ! La Constitution propose « l’égalisation dans le progrès » (art. III-209-1). Pour ce faire, la Constitution distingue onze domaines de législation sociale (art. III-210-2-b). La réforme des systèmes de protection sociale et la lutte contre l’exclusion restent des compétences strictement nationales, comme d’ailleurs les salaires. Pour les neuf autres points, la loi européenne établit des prescriptions minimales relevées progressivement vers l’égalisation. C’est la bonne méthode (celle de la France de l’apres-guerre, d’ailleurs) !
Mais... sur quatre de ces points, la décision, par dérogation à la loi générale, reste prise à l’unanimité en Conseil, et non à la majorité ! C’est-à-dire que, par exemple, l’unanimité est requise pour augmenter la protection sociale et les indemnités de chômage minimales. En revanche (art. III-130), les règles sur les prestations sociales des travailleurs transfrontières seront dorénavant prises à la majorité. Pas inutile, mais c’est maigre.
Car plus on prend les décisions à la majorité, dans le domaine social, mieux c’est. Tant qu’un État peut mettre son veto à l’avancée des règles minimales communes vers le progrès social, on défend le dumping social.
Pourtant il est un cas d’avancée de ce droit de veto national dans le TCE, dont la gauche du Parlement s’est « réjouie » (et que la droite a « déplorée ») : pour les négociations de l’Accord général sur le commerce des services ou sur la propriété intellectuelle à l’OMC, l’« exception culturelle » est étendue à la santé, à l’enseignement et aux services sociaux (art. III-315-4). Je pense que c’est raisonnable. Il est normal que, sur ces points, qui sont considérés comme identitaires pour les nations, on garde la règle de l’unanimité.
J.-L. M. : Pour les socialistes, l’Europe n’est pas une fin en soi. C’est le contenu de la construction européenne qui nous détermine. L’inadmissible a consisté à mettre dans cette Constitution des politiques économiques.
Le premier principe que pose ce texte, c’est le principe de la concurrence « libre et non faussée », qui s’applique à tous les domaines. L’harmonisation sociale étant interdite par voie législative, réglementaire ou contractuelle, cela rend impossible une politique fondée par exemple sur des critères de convergence sociaux par zone, qui s’imposeraient progressivement à tous les États, comme se sont progressivement imposés les critères de convergence économique du Pacte de stabilité. Mais le nivellement par le bas, c’est-à-dire l’organisation du dumping et de la compétition entre les systèmes sociaux des nations, se fait tout seul. Exemple : la directive Bolkestein. L’Europe sociale se vide de son sens. Voilà la situation aujourd’hui.
Nous sommes en train d’installer un système institutionnel dans lequel il n’y a pas place pour notre perspective politique. C’est, à mon avis, déterminant.
S’agissant des services publics, nous n’avons pas la même interprétation. Ils sont nommés « services d’intérêt économique général ». Or, dans tous les domaines, le libéralisme essaie de transformer ce qui, hier, était considéré comme gratuit : La Poste, l’éducation (on marchandise le savoir), la santé. La Constitution interdit de subventionner toute production ou tout service. Certes, il est dit que des dérogations peuvent être autorisées. Mais c’est la Commission qui décide. Dans le cas où un État est déclaré en faute et qu’il refuse de se mettre en conformité avec le principe de concurrence libre et non faussée, n’importe quel autre État peut saisir directement la Cour de justice européenne qui, in fine, aura le dernier mot. Lorsqu’il y a litige, ce n’est pas le Parlement ni le Conseil qui tranche, mais la Cour de justice. Nous instaurons en matière sociale, comme dans toutes les autres matières, le gouvernement des juges. Ce n’est pas la tradition républicaine, où l’intérêt général est fixé par les représentants du peuple.
Enfin, exemple de la fausseté de ce texte, sa vitrine sociale, la Charte des droits fondamentaux. Elle prévoit, à l’article II-81, la non-discrimination. Mais, sur quelque chose qui touche presque aux Droits de l’homme, le principe de concurrence libre et non faussée s’impose là aussi (art. II-111 et art III-124).
Comme toujours en pareilles circonstances, il y a, chez certains partisans du « oui » comme chez des partisans du « non » une tendance à la dramatisation. Serions-nous donc à la fin de l’histoire ? Ou, pour être moins dans l’emphase, pouvez-vous nous dire en guise de conclusion les conséquences que cette campagne aura, selon vous, sur l’Europe, et sur l’avenir de la gauche ?
A. L. : Le référendum français va toucher 13 % de la population européenne. Ensuite se prononceront les pays à hauts risques, dont les eurodéputés ont voté majoritairement contre le TCE : la Tchéquie et la Pologne, qui veulent Dieu dans la Constitution, et la Grande-Bretagne (qui veut une simple zone de libre-échange). L’Europe est en train de faire un choix important : est-ce qu’au 1er novembre 2006, date d’entrée en vigueur éventuelle de la Constitution, nous serons toujours sous le régime que j’ai combattu, celui-ci de l’Acte unique, de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice ? Ou bien allons-nous commencer à nous en écarter, avec le TCE ?
Globalement, à l’échelle de l’Europe, la droite de la droite veut en rester au traité de Nice. C’est le souverainisme libéral : si l’Europe reste fragmentée en vingt-cinq pays qui prennent des décisions à l’unanimité face à un marché qui, lui, est unifié, c’est le plein pouvoir au marché. Au contraire, le « oui » nous sort de cette logique. Mais si le « non » l’emporte, ce n’est pas la crise, mais le maintien du traité de Nice, qui, pour moi, est la constitution idéale du néolibéralisme.
À l’intérieur de la gauche européenne, la question clé est ce nouvel espace politique : l’Europe. On l’assume ou pas ? Accepte-t-on que la démocratie s’applique à cet espace, avec le risque de mener, mais aussi de perdre, un combat social à l’échelle européenne ? Assume-t-on le fait qu’une partie de la lutte des classes et de la lutte pour la défense de la planète se mène à l’échelle du continent ? Je suis de ceux qui pensent, depuis les années 1980, que la lutte État-nation par État-nation est caduque face à un capital multinationalisé. Face à lui, nous ne pourrons gagner qu’à l’échelle européenne (au moins !). Nice nous empêche de mener cette bataille à l’échelle continentale. Pour la première fois, ce TCE nous donne des moyens significatifs, il faut donc s’en emparer.
D’ailleurs, si le « non » l’emporte, quelle alliance la France pourrait-elle former avec des pays comme la Grande-Bretagne, la Pologne ou la République tchèque pour une autre Europe ? Au pire, on en restera tous à Nice ; au mieux, les pays qui auront choisi cette avancée passeront outre et poursuivront sans nous l’aventure de la construction d’une Europe politique, sociale et écologique.
Quant à la gauche française, si le « oui » l’emporte, elle retrouvera son unité pour s’emparer des outils démocratiques que donne la Constitution, dont le droit d’initiative citoyenne. Si le « non » gagne, il faudra organiser des mouvements sociaux pour pousser notre gouvernement à se rapprocher des pays qui auront voté « oui » et qui seront engagés dans l’Europe politique. Mais alors, quel intérêt de voter « non » ?
J.-L. M. : Le « oui » comme le « non » débouchent sur des situations conflictuelles. L’Europe est devenue le terrain décisif de lutte. À partir de 1983, si l’orientation essentielle du mouvement socialiste a été la construction européenne, c’est parce que nous venions d’échouer avec le programme commun de la gauche dans un seul pays. Nous ne pouvons pas l’oublier, nous, les socialistes français. Nous sommes en droit d’interpeller le modèle de construction dans lequel nous nous sommes engagés. Les peuples divorcent d’avec cette conception libérale de l’Europe. La preuve : des océans d’abstentions dans tous les pays lors des élections européennes comme lors du référendum espagnol.
Deuxièmement, le modèle de construction économique libéral est sanctuarisé avec cette Constitution. Par exemple, sur la question de la Banque centrale. Paradoxe : ce sont les pays hors zone euro qui ont la croissance la plus positive. La surdité de la Banque centrale, conforme à sa mission de défense de la rente par la stabilité des prix, aboutit à un rapport de force inégal avec les États-Unis. Pour le reste, le modèle social contenu dans ce document est celui des libéraux anglo-saxons.
Certes, rien n’est jamais irrémédiable. Si le « oui » l’emporte, ce sera une défaite des tenants du « non », qui sont de mon camp, progressiste, fédéraliste et européen. La vie et les luttes continueront. Mais si le « non » l’emporte, ce sera un coup d’arrêt donné à un modèle. La décision des Français aurait alors une signification particulière. La France est cofondatrice de l’Europe des six. Personne ne s’y tromperait en Europe. Personne ne dirait que le « non » des Français est un « non » nationaliste. Il signifierait que nos concitoyens ne veulent pas d’un modèle de Constitution qui pérennise ce qui s’est passé jusqu’à présent. Le « non » aurait donc, mécaniquement, une signification progressiste.
La question serait alors de savoir avec qui on discute et dans quelles conditions. Nous sommes obligés de revenir à des considérations de politique intérieure pour répondre. La droite a négocié et signé ce texte, et c’est Jacques Chirac qui le propose aux Français. Si le « non » l’emporte, c’est Jacques Chirac qui est en cause. Pour pouvoir négocier un meilleur traité dans de meilleures conditions, il faut que Chirac assume sa position de gaulliste et s’en aille. Après, la négociation commencerait avec de nouveaux dirigeants. Pourquoi dire que la France progressiste n’a aucune chance ? Sa position n’a jamais été défendue depuis Nice ! Les Allemands ne sont pas si éloignés de nous sur la nécessité d’une Europe plus fédérale.
Propos recueillis par Bénédicte Rallu, Denis Sieffert et Michel Soudais
(1) En référence à l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946), qui plaidait en faveur d’une énergique intervention de l’État afin de corriger les tendances naturellement antisociales du capitalisme.
(2) Ces quatre traités constituent autant de réformes du traité de Rome, fondateur de la (2) Ces quatre traités constituent autant de réformes du traité de Rome, fondateur de la Communauté économique européenne (CEE), en 1957. Le traité de l’Acte unique, signé en 1986, crée le marché unique européen. Le traité sur l’Union européenne, dit « de Maastricht », paraphé en 1992, transforme la CEE en Communauté européenne (CE), crée une monnaie unique (l’euro) gérée par une institution « indépendante », la Banque centrale européenne, et établit une nouvelle institution : l’Union européenne. En 1997, le traité d’Amsterdam intègre les critères de convergences économiques, modifie certaines politiques, mais échoue sur les réformes institutionnelles. Celles-ci constituent l’essentiel du traité de Nice, signé en 2001 afin de permettre un bon fonctionnement de l’Union européenne après l’élargissement de l’Union.
(3) Article I-47 § 4 : « Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application de la Constitution. » Les modalités d’application de ce droit devront être précisées dans une loi européenne.
(4) Expression anglaise qui désigne un régime dérogatoire.
Posté le 13.01.2008 par socialismedecomplexe
L'europe et la précariteL'europe et la précarite[COLOR=blue]l’Union européenne choisit la précarité
Valérie Fourgassié et Clotilde Monteiro
Le CPE n’est pas une particularité française. Les autres pays européens ont également des politiques favorisant la flexibilité. Tour d’horizon chez nos voisins.
Le développement de la précarité et la remise en cause du droit du travail ne sont pas spécifiques à la France. De nombreux pays européens suivent des politiques similaires dans l’espoir fou d’améliorer la compétitivité européenne et de créer des emplois. Le phénomène ne touche pas seulement les nouveaux adhérents, sinistrés par un demi-siècle derrière le rideau de fer ; des pays proches de nous géographiquement et économiquement expérimentent eux aussi les orientations de la « stratégie de Lisbonne », adoptée en mars 2000 par les quinze chefs d’État et de gouvernement qui composaient alors l’Union européenne.
Allemagne
Alors que l’épreuve de force engagée entre le gouvernement français et les opposants au contrat première embauche ne faiblit pas, les ministres socialistes et conservateurs allemands issus de la coalition formée en novembre dernier se livrent à une bataille avec la flexibilité du travail comme toile de fond.
Avec, en 2004, près de 30 % des actifs occupant un emploi dit « atypique », l’Allemagne, comme la France, voit le contrat à durée indéterminée, garant des droits à la sécurité de l’emploi, se disloquer et reculer au profit d’emplois précaires. Si la flexibilité et la baisse du coût du travail, encouragées par la stratégie de Lisbonne, tendent à devenir la norme, elles rencontrent de façon sporadique des résistances. La mesure sur l’allongement de la durée de la période d’essai de six à vingt-quatre mois pour tous les contrats à durée déterminée, dont l’entrée en vigueur était prévue au mois de mars, a mis le feu aux poudres au sein de la coalition. Le parti socialiste allemand à fait savoir par la voix du ministre du Travail, Franz Müntfering, qu’il souhaitait « remettre à plat » ce projet après que les leaders conservateurs (CDU) ont jugé que cet accord « n’allait pas assez loin ». La levée de boucliers du parti de gauche sur la question de la flexibilité du travail n’aurait rien de surprenant si le SPD n’avait été l’artisan du chantier des premières grandes réformes libérales sous l’ère du chancelier Schröder.
La mesure incriminée ne fait en réalité que s’inscrire dans le processus des réformes libérales du code du travail engagées depuis 2002. Codifié par les lois « Hartz » entrées en vigueur entre 2003 et 2005, le plan connu sous le nom d’« Agenda 2010 » s’articule autour de deux axes : la flexibilisation de l’emploi et la mise en place de mesures coercitives pour inciter les chômeurs de longue durée à la recherche active d’un emploi.
Derrière le concept « aider et exiger » se cache la mise en oeuvre d’un contrôle des chômeurs et la diminution de leurs prestations. La durée du versement des indemnités de chômage est ramenée de trente-deux à douze mois.
Sous couvert de lutte contre le chômage de masse, les lois « Hartz » encouragent d’autre part le développement d’un segment d’emplois à bas salaires et occasionnels, principalement concentrés dans les services, et dont le dénominateur commun est la flexiblité. L’emploi précaire devient la voie « privilégiée » et quasi obligatoire de l’insertion vers l’emploi. Alors que la législation sur les « minijobs » (emplois rémunérés à 400 euros) est assouplie, la loi ajoute une nouvelle catégorie de contrats : « les midijobs » (emplois rémunérés à 800 euros). Au premier trimestre 2004, les créations nettes de « minijobs » (à titre d’activité principale) progressaient à un rythme annuel de 7,5 % contre une baisse de 0,5 % de l’emploi salarié total. Dernier outil hybride issu des lois « Hartz » : les « 1-Euro-Jobs ». Destinés aux bénéficiaires de l’allocation chômage, ces travaux occasionnels d’intérêt public n’offrent aucune couverture sociale et ne sont pas soumis au code du travail. Dans le processus de réformes libérales engagées en Allemagne, il est à craindre que le récent « gel » de la mesure d’allongement de la période d’essai ne soit qu’un sursis pour les salariés allemands.
Italie
Le mouvement de libéralisation de l’emploi avait été initié en Italie, en 1996, par le gouvernement Prodi, avec la signature d’un nouveau pacte pour l’emploi, appelé « Parchetto Treu » (du nom du ministre du Travail de l’époque). Les mesures proposées introduisaient, déjà, une plus grande flexibilité de l’emploi avec la mise en oeuvre, entre autres, du travail intérimaire et l’introduction de « contrats de zone » (proches des zones franches françaises). La loi Treu a bénéficié d’un relatif consensus de la part des forces politiques et des syndicats. Ces derniers étant appelés, dans un tel contexte, à jouer un rôle de garants des intérêts des salariés.
À partir des années 2000, encouragé par la stratégie de Lisbonne, le gouvernement italien accentue la flexibilisation d’un marché du travail jugé encore trop rigide, avec le « Pacte pour l’Italie », ou loi Biagi (du nom d’un économiste, conseiller du gouvernement Berlusconi), signé en 2002. Son objectif officiel, rapprocher l’Italie des autres pays européens en résorbant les dysfonctionnements chroniques du marché du travail italien : travail au noir (estimé à 25 % du PIB), chômage, faible taux d’activité des femmes et des jeunes (surtout dans les régions du sud de l’Italie)... Pour y remédier, la loi Biagi met à la disposition des employeurs un éventail de nouveaux contrats de travail, « intermittent », « accessoire », « partagé », « en couple », ou encore « travail sur projet ». Ces contrats dits « atypiques » sont tous à durée déterminée et assortis de faibles salaires (inférieurs à 1 000 euros). Les retraites qui leur correspondent sont estimées à 30 % de la dernière rétribution.
Aujourd’hui, un quart des salariés italiens ont un contrat de travail « atypique ». Les statistiques invalident l’argument selon lequel ces contrats seraient à terme une passerelle pour le monde du travail à durée indéterminée. Un tiers des salariés qui leur sont soumis enchaînent ce type de contrats depuis cinq ou dix ans, et 60 % des travailleurs âgés de 26 à 39 ans n’en ont jamais connu d’autres. La loi Biagi a, de fait, engendré une nébuleuse d’emplois précaires en parallèle d’un marché du travail standard qui demeure inaccessible à ces travailleurs précaires. Les contrats « atypiques » représentaient, en 2004, 70 % des créations d’emplois. Si le chômage est passé de 9,5 % en 2001 à moins de 8 % en 2005, ces mesures, comme les précédentes, échouent à résorber le travail au noir. Un tiers des emplois demeureraient irréguliers en Italie (source l’Ires-CGIL).
Autre source d’inquiétude, l’hétérogénéité et la fragmentation des contrats précaires rendent encore plus difficile l’action syndicale en direction des travailleurs concernés. Rien d’étonnant donc à ce que les manifestations anti-CPE soient soutenues en Italie. Au point que la précarité (des jeunes) est devenue un des thèmes de la campagne électorale. Les élections législatives des 9 et 10 avril permettront peut-être à Romano Prodi d’aménager la loi Biagi, comme il l’a promis, pour favoriser les embauches en CDI en taxant plus fortement le travail en CDD...
Espagne
En Espagne, José Luis Zapatero projette également d’encourager la transformation des CDD en CDI en baissant le coût de ce dernier via une prime de licenciement plus faible. Si les négociations sont actuellement au point mort avec les partenaires sociaux, le chef du gouvernement n’envisage pas de légiférer sans eux (contrairement au gouvernement français). Le défi pour Zapatero étant de satisfaire aux exigences de la stratégie de Lisbonne sans braquer les partenaires sociaux, et de répondre aux dysfonctionnements patents du marché du travail. L’Espagne est, en effet, un des pays européens à plus fort taux de travail précaire. Un emploi sur trois est un emploi temporaire, contre un sur dix en France. Cette situation est le fruit de deux décennies durant lesquelles les gouvernements successifs ont libéralisé le recours à des CDD ou à des contrats d’intérim. À partir de 1994, le contrat temporaire est devenu le mode majoritaire d’embauche. Le taux de précarité a passé la barre des 30 % depuis le début des années 1990. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il concerne toutes les catégories de salariés et tous les secteurs d’activité. Mais cette précarité touche en proportion plus de femmes que d’hommes, et n’épargne pas les jeunes. En 2004, 52 % des trentenaires avaient un contrat temporaire. De même que chez les diplômés âgés de 25 à 34 ans, 11,5 % d’entre eux sont sans emploi. Ce taux est le plus élevé d’Europe, la moyenne se situant autour de 6,5 %.
Posté le 13.01.2008 par socialismedecomplexe
Discours de JL MELANCHON
Plaidoyer pour le militantisme…
Ma position est assez singulière, vous le savez. Un vote est intervenu dans mon parti, hier soir et la première de ses conséquences est que je n'ai pas beaucoup dormi. J'espère que vous ne m'en voudrez pas, si cela pèse sur la qualité de mon élocution. Un vote est intervenu et je ne cache pas ma déception. Je sait que le monde médiatique veut que, sitôt qu'un événement a eu lieu, on passe au suivant, et comme par enchantement on oublie l'engagement, la peine, l'effort , la conviction que l'on a mis dans la défense d'un point de vue jusqu'à la veille. Ce n'est pas mon cas. Je ne suis pas un robot, je ne suis pas une machine. J'ai cru avec ferveur à ce que j'ai dit. Un vote donne une décision, il ne force pas une conviction, la mienne n'a pas changé. Mais en même temps je veux vous dire sans détour , peut-être que je heurterais quelques uns d'entre vous, que ce vote exprime une réalité politique. Il a sa cohérence et que c'est avec cette réalité là qu'il faut traiter. Et avec les mêmes objectifs que nous pouvions avoir avant qu'il soit intervenu. Je le dis parce que je fais partie peut-être d'une catégorie qui n'est plus bien en cours : les hommes et les femmes qui font partie d'une organisation qui croit à la vertu du collectif, qui se sent l'héritière d'une histoire et qui sait que cette histoire ne peut pas être transmise autrement que par nous-mêmes, les militants, les personnes qui luttent , ceux qui s'engagent , ceux qui prennent le risque parfois de leur carrière, de leur vie. Ne méprisons pas les organisations, sinon il ne nous restera plus que les sondages et les sondages sont toujours dans la main de ceux qui les paient.
Alors, qu'est ce que je fais ici ? En conscience, je crois qu'il est de mon devoir de dire de la même manière que je souhaite l'unité de toute la gauche pour battre la droite, que je la souhaite de toutes mes forces (parce que je ne sais pas comment on peut sans cela battre la droite), je dis avec la même clarté, tout socialiste que je suis: je souhaite de toutes mes forces le succès de la démarche que vous avez entreprise . Je souhaite le rassemblement de la gauche représentée ici. Je souhaite qu'il aboutisse à une candidature commune car il est absolument inenvisageable, irresponsable de croire qu'un seul parti pourrait avoir à lui tout seul, la majorité! Et j'ajoute que si vous vous laissez transformer en poussières additionnées , vous aurez dans les conditions mêmes avec lesquelles vous serez entrés dans le débat réglés la sortie par laquelle vous passerez ensuite.
Il n'y a pas de contradiction à vouloir cette candidature commune et à vouloir l'unité de toute la gauche, c'est une seule et même chose et il faut avoir le courage de le dire en transcendant parfois ce qui parait être l'aspect momentané d'un intérêt de parti, le mien en l'occurrence .
Pourquoi ? On a évoqué bien des arguments qui justifient l'importance du vote de 2007, à mon tour, je veux en évoquer deux qui me paraissent particulièrement ardents à cet instant :
Premièrement, l'état du continent . Chers amis, chers camarades, c'est la force de s'être instruit auprès des autres, d'avoir ouvert les livres, d'avoir écouté les générations précédentes de militants pour dire et savoir reconnaître que quelque chose de terrible est en train de se préparer. Faute d'alternative progressiste, alors que le libéralisme fait exploser les sociétés dans toute l'Europe, partout c'est l'extrême droite qui tient le dessus du pavé. C'est cette catastrophe qu'il faut enrayer, c'est la responsabilité de notre génération politique. Celui qui reste une main en arrière, celui qui ne voit pas, celui qui sacrifierait à je ne sais quel intérêt du moment la claire conscience qu'il aurait de cette réalité, celui là vraiment manquera à sa classe, manquera à ses devoirs, manquera à sa patrie républicaine. Nous avons les moyens de détourner le coup qui s'annonce! Nous en avons les moyens! Le calendrier nous sert: en 2008 c'est la France qui a dit "non" qui préside l'Union Européenne. Ca ne sera plus le cas avant 2015. Saisissons cette chance d'ouvrir une alternative pour la paix, et donc par le progrès social. Oui, nous pensions avoir réussi quelque chose depuis le référendum et avant, depuis 2002. Nous pensions qu'ayant tiré la leçon de 2002, au moins une des leçons, nous allions mettre au premier plan la question sociale et que c'est sur elle que chacun serait obligé de se prononcer. Et que voit on hélas, mille fois hélas ? Nous revoilà embourbés dans une discussion qui n'a pas de sens réellement vous le savez comme moi. Non, la France n'est pas malade de manque d'autorité, elle est malade de manque d'égalité, elle est malade d'inégalité. Réglez cette question là et vous en aurez réglé des centaines d'autres.
Quand la première fortune de France gagne 1 SMIC et demi annuel par heure . Quand les 60 premiers dans le tableau gagnent 5300 SMIC annuels et que dans le même temps, 7 millions de nos compatriotes sont pauvres, parmi lesquelles 2 millions de travailleurs, alors il y a une injustice et c'est celle-là qui est la mère de toutes les injustices, de toutes les violences . 400 000 sans-toits, 200 000 qui dorment par terre, 200 000 qui sont dans les campings, voilà la situation de la France au moment où elle n'a jamais été aussi riche de son histoire. Le premier des tabous à vaincre c'est celui de s'habituer à l'idée qu'il est normal que les uns aient tout et les autres n'aient rien. Voilà les tabous qu'il faut briser. Qu'accumuler l'argent n'est pas un droit, que soulager la misère est un devoir. J'y mets de la passion, mais comment ne pas mettre de la passion quand on regarde des chiffres qui vous apprennent que le revenu salarial moyen a progressé en 10 ans de 3%, et même régressé d'1% pour les employés et que dans le même temps, les actionnaires du CAC 40 ont vu leur bénéfices augmenter de 300% !
Alors, nous savons très bien la difficulté de notre situation, nous savons très bien que la gauche, dans l'univers entier est en réinvention. Tout à l'heure José Bové et Marie George Buffet ont signalé quelque chose qui est très juste: aux portes de l'empire, des peuples qui sont bien plus désarmés que nous ne le sommes ont le courage et l'audace de vouloir changer leur destin. Alors nous aussi nous sommes capables de réinventer la gauche, cette réinvention est en train de se commencer, c'est à nous de la mener jusqu'à son terme et de lui faire subir le test, le seul qui compte pour un républicain, le test de la démocratie, le test du vote.
Que le peuple arbitre entre les différentes orientations politiques qui sont présentes à gauche. Et que cet arbitrage une fois rendu, nous ayons la sagesse d'accepter ensuite de nous rassembler pour battre l'adversaire. Mais que le peuple tranche d'abord, et qu'il puisse le faire en toute connaissance de cause. Je crois que vous ne devez pas accepter que se creuse le fossé que voudraient que s'établisse entre nous ceux qui ont tout intérêt à ce que nous nous divisions. Nous avons intérêt à ne pas accepter le partage des rôles que d'aucuns souhaiteraient et qui leur conviendrait si bien : A une certaine gauche la gestion et à l'autre la protestation naturellement impuissante.
Notre rôle est d'éduquer, d'éclairer, un grand peuple qui bien souvent est désorienté. Le rassemblement que nous voulons opérer ce n'est pas seulement l'addition des patrimoines électoraux de nos partis respectifs. C'est surtout la conquête des esprits de ceux qui sont totalement désorientés et ne savent de quel côté ils vont trouver leur salut, la possibilité de sortir par le haut. Ce sont ces masses innombrables qui ne savent que dire, que penser et qui étant frappés dans leur quotidien n'y trouvent pas les ressorts. Car lorsque l'on est dans la misère il n'est pas facile de se préoccuper des autres. Lorsque l'on doit s'occuper de son lendemain, il n'est pas facile de penser au surlendemain des autres. Ne l'oublions jamais, nous devons être le grand parti des exploités et des humiliés.
J'achève.
Chers amis, chers camarades. Je crois comme vous, sans doute je l'espère que le grand nombre a le droit non pas de rêver mais de voir ses rêves devenir des réalités. Le grand nombre n'aspire pas à empiler la richesse, il aspire à la vie douce, que les enfants soient correctement éduqués, que l'on puisse cesser de travailler lorsque le moment est venu et que l'on est fatigué, que l'on puisse aller en vacances, que l'on puisse être logés, que l'on puisse être nourris et chauffés. Ce programme de la vie douce semble complètement incompatible avec l'ordre d'un système qui échoue en tout point. Que chacun d'entre nous quelle que soit sa place, et plus éminente est la place, plus éminent est le devoir, se demande comment être utile à cette noble cause. Je finis sur cette phrase de Jean Jaurès : « Assez parlé d'égalité, il est temps de faire des égaux »
Posté le 13.01.2008 par socialismedecomplexe
A en croire bon nombre d'économistes, le système capitaliste serait hégémonique et n'aurait pas de "concurrent" depuis la chute du communisme.
Pourtant, de nombreuses entreprises en France et dans le monde poursuivent d'autres objectifs que celui d'enrichir des actionnaires.
Il existe bien un « troisième secteur », à côté des entreprises de statut capitaliste mais également à côté de l'économie publique (l'économie sociale est privée et indépendante de l'Etat). Depuis plus d'un siècle, l'économie sociale (associations, mutuelles et coopératives) démontre qu'il est possible d'entreprendre autrement. Un des points communs entre les organisations de l'économie sociale ? Une répartition différente des richesses créées qui, inscrite dans les gènes de ces structures, empêche ou limite le versement de dividendes aux personnes physiques membres. Cette économie ni capitaliste ni publique, fondée sur des principes démocratiques, pèse aujourd'hui plus de 12% du PIB en France.
Pour mieux connaître ce secteur, nous aurons le plaisir, à l'occasion du Jeudi Solidaire du 18 mai 2006, d'accueillir Thierry Jeantet, directeur général d'un groupement européen d'intérêt économique (Euresa) et président de l'association "Les Rencontres du Mont Blanc" (rencontres internationales de l'économie sociale). Thierry Jeantet a multiplié les expériences au sein d'un secteur dont il connaît les forces et les faiblesses (il a travaillé dans une banque coopérative, au groupement des mutuelles d'assurance, à la délégation interministérielle à l'économie sociale ; il a également été président du Centre des Jeunes Dirigeants et acteurs de l'économie sociale). Il vient d'ailleurs de publier un livre, "Economie sociale, la solidarité au défi de l'efficacité" (à la Documentation Française).
Avec son concours, nous essaierons de répondre notamment à plusieurs questions : est-il facile de créer son activité sous une forme d'économie sociale ? L'économie sociale peut-elle garder en France l'avantage en matière de services aux personnes ? Le poids de l'économie sociale dans le monde peut-il, de manière conséquente, devenir plus important ? Comment l'économie sociale doit-elle concilier ses valeurs traditionnelles avec sa présence dans une économie de marché mondialisée ? Comment les entreprises d'économie sociale peuvent-elles réussir à se distinguer, auprès du grand public, des entreprises capitalistes qui toutes aujourd'hui communiquent massivement sur leurs "valeurs" ?...
Nicolas Froissard